MUS-1217, Typologie
et morphologie sonore
5. PSYCHOACOUSTIQUE
La psychoacoustique est
à
la jonction de l’acoustique, de la psychologie et de la physiologie.
Elle est l’étude de la manière que nous avons de
percevoir les
sons. Elle s’intéresse plus particulièrement à la
relation entre les échelles physiques et la perception. Pour des
informations détaillées sur le sujet, encore une fois la
meilleure sources de renseignements est le site du cours de caroline
Traube, Psychoacoustique musicale
5.1. LE SYSTÈME
AUDITIF
Le système auditif de
l'être humain, comme celui de tous les mammifères, est
conçu à l'origine pour effectuer une transmission
optimale de l'énergie acoustique perçue dans un milieu
liquide. La partie de l'oreille
qui transforme l'énergie acoustique en influx nerveux est
situé
dans la cochlée dans l'oreille interne. Or la cochlée est
remplie d'un liquide de type lymphatique à l'aide duquel l'onde
se
propage de la fenêtre ovale (à l'entrée de la
cochlée) à la fenêtre ronde (à la fin du
parcours). Mais comme l'être humain est devenu terrestre, son
oreille a dû s'adapter afin d'amplifier progressivement le signal
acoustique transmis dans l'air, qui est un milieu gazeux, afin qu'il
soit suffisamment fort pour activer
le milieu liquide de l'oreille interne. Pour effectuer cela, trois
mécanismes sont mis en branle dans les oreilles externes,
moyennes et internes.
a) l’oreille externe
- le pavillon
- le conduit auditif
1er principe d’adaptation d’impédance: tuyau résonnant
b) l’oreille moyenne
- le tympan
- les trois osselets: le marteau (attaché au tympan), l’enclume
et l’étrier
2e principe d’adaptation d’impédance: mécanique du levier
c) l’oreille interne
- la cochlée: lieu de la transformation de l’énergie
mécanique en énergie nerveuse
- les canaux semi-circulaires: le siège de l’équilibre.
3e principe d’adaptation d’impédance: réduction de la
surface
Total de l’amplification: 180 fois (2 x 3 x 30)
5.2. LA MESURE DES
SENSATIONS AUDITIVES
Ce qui nous intéresse,
c’est la perception des stimulus.
5.2.1. POURQUOI MESURER?
a) connaissance du
système auditif (acquisition de connaissances
générales)
b) la recherche clinique (malfonctionnement de l’ouïe)
c) amélioration de l’environnement acoustique (écologie
sonore)
d) compréhension des comportements ou des habitudes liées
aux perceptions auditives (les habitudes musicales comme les
règles du contrepoint ou encore les problèmes de mixage
en studio)
5.2.2. QUOI MESURER?
a) Seuils
Le seuil est la valeur à partir de laquelle le sujet
détecte l'objet à mesurer dans une proportion de 50%. On
peut distinguer
deux catégories de seuils:
- absolu: à partir de quelle grandeur du stimulus commence-t-on
à percevoir?
- différentiel: à partir de quelle valeur commence-t-on
à percevoir une différence entre deux stimulus?
À ces deux catégories s'en ajoute une troisième
qui est une variante et qui sera très utile pour mesurer les
sensations non pas absolues mais en présence de sons masquants:
- masqué
Distinction de quelque chose en présence de quelque chose
d’autre. D’un son pur en présence d’un autre son pur; d’un son
pur en présence d’un bruit ou d’une bande de bruit ou l’inverse;
etc. Ils font appel à
la faculté de discrimination du sujet dans un contexte
donné.
b) Échelles psychoacoustiques
La recherche d'échelles psychoacoustiques vise à mettre
en relation une sensation en fonction d'un stimulus.
À cause la nature subjective de l'objet de recherche, ces
échelles ne peuvent être obtenues que grâce à
une quantité
assez importante de sujets et sont le résultat d'une moyenne qui
permettent d'établir la relation entre le stimulus et la
perception. Essentiellement, la perception est de nature logarithmique
chez l'être humain c'est-à-dire que nous percevons des
rapports et non pas des différences. Notre manière
d'appréhender un stimulus, de quelque nature qu'il
soit (auditif, visuel, toucher, etc.), est de le comparer avec une
autre
mesure de celui-ci. Ainsi, nous estimons beaucoup plus facilement les
distances
en prenant une mesure étalon (par exemple une longueur de
voiture)
qu'en établissant une valeur absolue. Et c'est exactement la
même
chose pour la perception musicale. Nous utilisons d'abord et avant tout
des
intervalles logarithmiques (le demi-ton du tempérament
égal
par exemple) pour mesurer la sensation de hauteur (le seul cas
d'exception
à cela semble être l'oreille absolue mais c'est une
illusion:
ceux qui possèdent une telle faculté auditive ont tout
simplement
la mesure étalon du diapason en permanence en tête).
5.3. LA SONIE DES SONS
PURS
La sonie: la grandeur de
sensation reliée à la perception des intensités.
Définitions préalables:
• Champ libre: champ acoustique où une seule onde provenant de
la source se dirige vers chaque point de celui-ci
• Champ diffus: plusieurs ondes acoustiques conséquentes des
réflexions.
5.3.1. LES COURBES
D’ISOSONIE
Courbes qui
établissent une sensation de sonie égale des sons purs en
rapport avec la fréquence. Autrement dit, quelle
intensité sonore doivent avoir l’ensemble
des fréquences pour être perçue de la même
manière.
Étude des courbes isosoniques fournies en annexe des notes de
cours:
- Note 1: les courbes d’isosonie ne sont pas les mêmes en champ
libre et sous écouteurs (Botte, Canévet, Demany, Sorin,
pp.17-18).
- Note 2: en bas de 1000 Hz, les courbes d’isosonie tendent à
se resserrer au fur et à mesure que la fréquence diminue
ce
qui donne une dynamique très faible aux très basses
fréquences (40 dB entre le seuil de l’audition et le seuil de la
douleur) alors qu’elles sont parallèles quelque soit le niveau
considéré aux fréquences supérieures
à 1000 Hz.
5.4. LA SONIE DES SONS
COMPLEXES
L’oreille effectue-t-elle une
analyse spectrale du son ou décrypte-t-elle la forme d’onde du
signal sonore?
Un indice de réponse: les courbes d’isosonie. En effet, si notre
perception varie en fonction de la fréquence, c’est probablement
parce que cette information est décodée en fonction de la
fréquence, donc qu’un certain type d’analyse a lieu.
5.4.1.
PHÉNOMÈNE DE MASQUE, DÉFINITIONS
GÉNÉRALES
Masque:
phénomène par lequel un son en cache un autre qui
autrement serait perceptible.
Masquant et masqué
- Masquant: celui qui cache; appelé bruit en communication
- Masqué : celui qui est caché; appelé signal ou
son test, appelé information en communication
Courbe d’effet de masque
Intensité en fonction de la fréquence du seuil de
perception du son masqué
5.4.2. NOTION DE BANDE
CRITIQUE
La bande critique est une
notion extrêmement importante en psychoacoustique. Elle
décrit le
phénomène par lequel notre perception se fait à
partir
de bandes passantes de largeur constante mais de fréquence
centrale
variable. Les sons présents à l'intérieur d'une
bande
critique s'influencent les uns les autres, mais n'ont pratiquement pas
d'influence
sur les sons présents dans les bandes critiques adjacentes.
5.5. LA PERCEPTION
INTERVALLIQUE
Rappel préalable: les
bandes critiques
Linéaires en dessous de 500 Hz: largeur de 100 Hz environ
Logarithmiques au-delà: 1,2 soit le rapport de tierce mineure
5.5.1. SEUIL
DIFFÉRENTIEL INTERVALLE HARMONIQUE
Seuil situé
au-delà
de la bande critique
5.5.2. SEUIL
DIFFÉRENTIEL INTERVALLE MÉLODIQUE
Seuil à environ
3¢
pour les musiciens, entre 6 et 8 ¢ pour les non-musiciens.
5.5.3. PERCEPTION
CATÉGORIQUE
On perçoit un
intervalle ou non. Autrement dit on évalue une grandeur
donné qui correspond à une case de notre système
musical, que celle-ci soit parfaitement identique ou pas. Une tierce
majeure est une tierce majeure, peut-être trop grande ou trop
petite mais appartenant à la catégorie tierce majeure.
5.5.4. NOTION DE JUSTESSE
La chose la plus
extraordinaire de la planète et surtout la plus variable selon
les contextes musicaux notamment. Ainsi, même si de façon
prescriptive, les intervalles sont égaux dans notre
système musical, dans les faits, les instrumentistes font varier
constamment la grandeur de ceux-ci en fonction du contexte.
5.5.5. GRANDEUR
SUBJECTIVE
DES INTERVALLES MUSICAUX
Effective entre 50 et 5 000 Hz
5.5.6. CONSONANCE ET
DISSONANCE
Règle
générale: est considéré comme consonant
tout intervalle qui se situe à l’extérieur de la bande
critique.
5.5.7. CAS D’EXCEPTION
a) fréquences graves
- référence à une expérience de la
consonance dans les fréquences aiguës (harmoniques)
b) le triton et les septièmes
- explication par les harmoniques
5.5.8. NOTION CULTURELLE
L’influence de la culture est
évidemment déterminante dans l’appréciation des
consonances et des dissonances. Chez les musiciens professionnels,
c’est même le facteur déterminant.
5.6. LA LOCALISATION DES
SONS DANS L’ESPACE
Complémentaire des
autres sens, notamment la vision et la perception de son corps dans
l’espace.
La perception des sons dans l’espace est essentiellement reliée
à la perception binauriculaire, c’est-à-dire au fait
d’avoir
deux oreilles.
5.6.1. PERCEPTION
GAUCHE-DROITE
Elle se fait grâce
à
deux indices qui renvoient à une même cause: la tête
constitue un obstacle à franchir. Ainsi selon les longueurs
d’onde considérées, on assiste à deux
phénomènes:
- pour les fréquences > 1700 Hz (i.e. dont l <
tête), on trouve une différence d’intensité qui
s’explique par le phénomène de la diffraction.
- pour les fréquences < 1700 Hz (i.e. dont l >
tête), on trouve un déphasage qui s’explique par une
différence
de temps d’arrivée entre les deux oreilles.
Ces deux mécanismes ne sont pas étanches et pour toute
une plage de fréquences, on peut combiner les deux
données.
Par exemple, pour situer artificiellement les sons dans l’image
stéréophonique on utilise traditionnellement la
panoramisation qui déplace l’intensité
d’un côté à l’autre. Mais en la combinant avec des
délais très fins on peut soit augmenter cet effet, soit
le compenser.
5.6.2. AUTRES
PHÉNOMÈNES DE LOCALISATION
Avant-arrière:
a) Le rôle du pavillon qui absorbe les fréquences
aiguës, donc qui agît comme un filtre passe-bas. Cette
perception implique une connaissance préalable de la source.
b) La forme du pavillon entraînerait des délais
supplémentaires selon les fréquences. Ainsi toutes les
composantes n’arriveraient pas en même temps, selon leur
provenance, au tympan.
Haut-bas:
a) Généralité: les fréquences aiguës
en haut, les fréquences graves en bas
b) 8000 Hz toujours en haut
La distance de la source
a) En champ libre: analyse spectrale: référence connue.
Cette faculté est plus précise si la source est en
mouvement.
b) Dans un espace réverbérant: proportion son direct/son
réverbéré. Cela permet de situer la distance mais
plus rarement la localisation.
L’effet de précédence
Lorsqu’un son arrive multiplié aux oreilles, l’information sur
la localisation n’est retenu que pour la première manifestation
de ce son. C’est ce qui explique l’importance du délai initial
dans l’appréciation de localisation de la source dans un lieu
réverbérant.
L’effet "cocktail party"
Combinaison de la vue et de l’ouïe afin de focaliser l’attention
auditive sur quelque chose qui nous intéresse
particulièrement dans un milieu bruyant. Un microphone
placé au même endroit ne
renverra que l’image sonore bruyante du milieu d’origine.